ITV DE DRO KILNDJIAN, MARSATAC “ON VA TRANSFORMER LE PARC CHANOT EN COQUILLE IMPROBABLE POUR UN FESTIVAL QUI LE SERA TOUT AUTANT“

Avec ses 18 ans, Marsatac fête la majorité en changeant de lieu, de date. On a fait le point avec Dro Kilndjian pour tout savoir sur le futur de Marsatac

L’édition 2016 de Marsatac se termine. Le festival souffle sa 18e bougie en fanfare avec un festival qui a ramené encore plus de monde que l’année dernière. Entre hip-hop et électro, la meute a été au rendez-vous. Comme tout le monde l’a appris, Marsatac quitte la Friche pour un rendez-vous au Parc Chanot en juin et non plus en septembre.

J’ai rencontré Dro Kilndjian, programmateur et co-fondateur du festival pour faire un bilan de cette édition, parler musique et surtout évoquer le futur du festival avec cette nouvelle majorité ! Une discussion bien complète et si tu es un adepte du festival, on te conseille de lire jusqu’au bout !



Comment ça va après ce Marsatac 2016 ?

Ça va, fatigué, mais heureux comme dirait l’autre ! On a fait une belle édition. Un 18e Marsatac très intéressant avec des retours très positifs y compris des artistes pour nous féliciter, nous encourager, le public fait également des retours positifs, tout est OK et nous sommes très contents !

Si on devait faire un bilan rapide…

C’est un peu mieux cette année [20k visiteurs vs 18k l’année dernière, NDLR]. On est content de cette évolution positive, mais on est surtout content de la tournure des concerts, de l’ambiance de l’événement, des choses improvisées qui se sont passées, des danseurs qui nous ont fait des cercles à l’ancienne. Plein de petites choses comme ça qui ont mis une ambiance particulière. J’ai beaucoup été dans les backstages, je voyais l’ambiance positive, tous les artistes les uns avec les autres, ça se voyait aussi dans le public.

Et c’est ça qu’on fait, ou du moins qu’on essaye de faire, c’est rendre les gens heureux.

Ça fait quoi d’être majeur quand on s’appelle Marsatac ?

Ça fait bizarre, parce qu’au début on ne pensait pas qu’on allait durer aussi longtemps. À vrai dire on ne pensait à rien, on est parti la fleur au fusil. Ça s’est professionnalisé au fil du temps, l’événement a grandi par ce que le public nous a porté et chaque année un peu plus loin. On est parfaitement heureux avec cette situation, car on fait partie des événements historiques de la ville qui ont su passer un cap, se régénérer tout en restant frais et attrayant.

Les prochaines étapes et c’est déjà le cas, c’est sortir du régional pour tendre vers le national : ça, on le savait depuis le début. Une dimension nationale qui ferait de Marseille un endroit qui compte sur la carte des musiques actuelles au sens large. Si on a pu aboutir à ça, alors il faut raffermir cette position pour rendre Marsatac incontournable pour ces artistes et cette scène-là.

On fait partie des événements historiques de la ville

Aujourd’hui, qu’est-qui reste de l’esprit Marsatac à l’espace Julien en 1999 ?

Il reste tout, parce que tout a été gardé intact. Il n’y a pas de grand changement entre l’esprit de 99 et celui d’aujourd’hui : le mélange est là, la fraîcheur, les nouvelles tendances, le format horaire, le multiscène, la déambulation, réunir au même endroit un tas de gens différents. On a totalement gardé cet esprit et c’est ce qui fait que l’événement a évolué positivement. On a apporté à Marsatac des nouveautés chaque année en restant dans l’air du temps tout en conservant le socle historique. Ce mélange-là, quelque part familial de l’événement l’a bien fait évoluer.

L’année dernière en prenant un virage vraiment électro vous disiez vouloir donner une nouvelle impulsion au festival et cette année vous revenez à vos débuts en scindant en deux hip-hop et électro de manière assez franche : il y a quelque chose qui a été un frein à continuer dans cette lancée là, dans cette palette musicale là ou c’est une manière de dire “Le temps passe mais on ne vieillit pas, on reste toujours le même“ ?

Ça faisait longtemps qu’on voulait faire un événement totalement électro, mais plus dans le sens d’une édition collector du festival, tout comme on en a eu très hip-hop. Au final, une expérience électro forte, mais on l’avait dit qu’on n’allait pas forcément rester dans une case. Tout ce qu’on souhaite ce n’est pas rester enfermé dans un registre ou une case, on ne veut pas être rattaché à un style précis, se bloquer dans une case. Si demain on veut de la musique africaine, indonésienne, on veut pouvoir avoir la possibilité de le faire et surtout de faire ce qui nous plaît. On veut tout expérimenter, tant que ça reste cohérent, équilibré de manière globale.

Il y a eu une année où on a fait un focus sur la musique africaine avec au milieu Manu Di Bango, ce qui a étonné tout le monde, mais pour nous c’était logique : rythme afro beat, le funk, le rap… Tout ça pour nous c’est cohérent et ça reste qualitatif et ça reste quelque chose d’inédit et d’original qui nous permet de varier d’une année sur l’autre. Aujourd’hui, on a 18 ans, grosso modo, on peut tout se permettre tout en gardant une ligne, un projet. Cette année, on est revenu à notre ADN de base, exception faite de la première édition qui était vraiment basée sur le hip-hop local, mais dès la deuxième édition, on a ouvert une salle d’house music et tout le monde nous a traités de fous, mais pour nous ça correspondait à un spectre et à l’idée qu’on se faisait de cette musique.

Petit à petit l’ADN du festival est devenu bicéphale avec électro et hip-hop, il y a eu des années où tout était mélangé, on a aussi fait des tentatives de soirées plus tranchées et je pense qu’on va rester dans cet esprit là l’année prochaine, bien immersive du côté de l’électro et de la techno et de l’autre côté, quelque chose qui regroupe les musiques blacks au sens large selon un panorama cohérent.

Dès la deuxième édition, on a ouvert une salle d’house music et tout le monde nous a traités de fous, mais pour nous ça correspondait à un spectre et à l’idée qu’on se faisait de cette musique

Tu prends de l’avance sur ma question suivante et effectivement vous garderez cette séparation l’année prochaine ?

On va essayer, mais on est encore au tout début de la programmation, en tout cas on partira sur ce qu’on a fait cette année avec des nouveautés, quelques surprises, avec des choses inédites. On travaille aussi sur des artistes rares qui ont peu joué sur le territoire, des inédits comme on l’a fait avec Chinese Man (ft. Tumi & Youthstar)… avoir quelque chose qui sort de l’ordinaire et de la proposition des festivals en général qu’on voit tout l’été.

Ça vous permet de coller à votre ligne qui dit que vous n’êtes pas une institution et que vous ne devenez pas poussiéreux en sortant du cadre…

C’est ça, on sort du cadre, on essaye de dépoussiérer chaque année. C’est notre histoire qui a fait tout ça, le fait d’avoir fait évoluer le festival dans un contexte de changement permanent : ça ne nous a jamais laissé le temps de nous reposer sur nos lauriers. De toute façon, on n’avait pas le choix face aux contraintes, de lieu, de date, etc.

C’est ça, on sort du cadre, on essaye de dépoussiérer chaque année

On voit aussi ces deux styles de musique se rapproche de plus en plus, brodinski produit des rappeurs américains, daft punk bosse avec Kany West, Hudson Mohawke signe de nombreuse production pour des rappeurs… qu’en pensez-vous ?

En France, Garnier avec Abd Al Malik. À l’époque où on l’a proposé, c’était particulier et les gens se regardaient en chiens de faïence alors qu’on faisait que suivre les tendances, ce n’était pas trop le cas en France et petit à petit c’est devenu naturel et plus personne ne dit ça et on s’étonne plus de voir travailler Daft Punk avec The Weekend parce que c’est ça la musique d’aujourd’hui

Vous étiez presque avant-gardiste

On l’a été un peu malgré nous sur pas mal de sujets surtout par intuition.

La Fiesta des Suds commencent à réfléchir à un nouveau lieu (avec les problématiques d’aménagement du territoire qu’on connaît aux Docks), vous bougez au Parc Chanot… Les années à venir sonnent le glas d’un mercato pour les festivals à Marseille ?

Je ne sais pas pour la fiesta. Nous, on cherche à changer de coquille et on cherche par un changement de date à attirer aussi des artistes et un public d’ailleurs. Sur la période de septembre, on a fait le maximum au niveau artistique, on ne pourra pas beaucoup aller plus loin, car on est sur des périodes où les artistes sont peu en circulation et c’est très compliqué pour avoir certains artistes. Cette nouvelle période nous permet de toucher les artistes internationaux plus facilement, mais aussi un changement marseillais. À l’époque où on a commencé, il n’y avait pas du tout de touristes à Marseille et ce n’était pas du tout une question qui était à l’ordre du jour, donc on ne s’en est pas trop occupé.

Cette nouvelle période nous permet de toucher les artistes internationaux plus facilement, mais aussi un changement marseillais.

Maintenant Marseille change de nature et devient une destination touristique. On veut donc travailler sur cet aspect-là et on veut ouvrir le festival aux personnes qui veulent venir nous voir à la fin du printemps par exemple. Ça nous a trotté dans la tête et on s’est dit que c’est le moment de faire une bascule avec une année test, de mise en place l’année prochaine et faire pour la 20e quelque chose d’étonnant et de spectaculaire.

Dans votre dernier dossier de presse vous présentez la friche comme un pur endroit d’expression de la créativité en plus d’être fédérateur qui participe au succès de l’ambition de faire un festival humain fort en expérience : vous avez pas peur de perdre ça au Parc Chanot ?

Non je crois pas. Le festival a été sur huit lieux différents du Frioul au J4 en passant par la Friche et à chaque fois on s’est emparé de ses lieux et le public nous a suivis. À chaque fois on s’est adapté et on a su faire de partout. Je pense que le public nous fait confiance, on va faire des gros efforts de scénographie et de mise en place pour que ce soit beau et attrayant. On part sur des concepts novateurs dont je ne peux pas parler aujourd’hui.

Je pense que le public nous fait confiance, on va faire des gros efforts de scénographie et de mise en place pour que ce soit beau et attrayant.

En tout cas, on a beaucoup de monde mobilisé sur la partie technique, artistique pour apporter une touche particulière au lieu. C’est un nouveau défi avec un lieu un peu particulier, mais qui n’est pas indigeste avec en détail de fond le stade Vélodrome. En termes de lieu emblématique et en termes d’image on trouve ça vraiment pas mal. On va transformer le parc Chanot en coquille totalement improbable pour un Marsatac qui le sera tout autant.

On va transformer le parc Chanot en coquille totalement improbable pour un Marsatac qui le sera tout autant.

Du coup vous pensez devoir faire un effort de communication supplémentaire cette année pour convaincre le public ?

On va faire l’effort qu’on fait traditionnellement chaque année sur chaque lieu qu’on a investi. On remet tout en jeu cette année et tout le monde est au taquet pour réussir les défis importants auxquels on doit faire face. On est dans une période de réflexion et de travail pour que quelques mois, moins que les autres années, pour que le concept soit complètement posé et que les idées soient intéressantes avec l’artistique au cœur du sujet tout en gardant une belle coquille.

Quand on a 18 ans, on fait une grosse fête, mais on pense très rapidement à celle des 20 ans…

On a des ambitions assez fortes. On voudrait que la 20e soit assez exceptionnelle tout en gardant l’ADN du festival. Ce seront les mêmes équipes qui travailleront dessus. La garantie de l’âme du projet restera. Moi je resterai à la programmation de Marsatac. Rien ne change à part le lieu et la date. Ce sera une grosse mise à jour du projet comme quand on met à jour son iPhone pour tendre vers une plus jolie version. Ici, on upgrade Marsatac  en gardant le produit de base pour le mener vers autre chose et une autre époque, une autre dimension.

On upgrade Marsatac  en gardant le produit de base pour le mener vers autre chose et une autre époque, une autre dimension.

La Fiesta des Suds nous a donné rendez-vous à sa 50e édition, idem pour Marsatac ?

Bien sûr on pense à la relève avec des équipes jeunes et il y a beaucoup de gens autour de nous sans qui ce serait impossible. Non, on n’a pas la science infuse, on ne sait pas tout et on a besoin de cette fraîcheur. J’espère qu’il y aura toujours des gens pour s’emparer du projet.

Aujourd’hui l’objectif tourne autour des deux trois prochaines éditions avec un festival digne de ce nom aux standards internationaux. D’ailleurs, on est identifié pour notre qualité artistique, découvreur de tendances, bien vu, mais dans un format réduit. L’idée est d’aller sur une autre échelle. On est projeté dans une dimension et il faut garder l’histoire du festival, son âme et la fraîcheur des gens qui nous suivent et nous portent. C’est tout ça le prochain challenge et c’est vraiment passionnant pour nous.

On est conscient qu’il y a encore énormément de boulot, qu’on peut tout faire avec cette marque. On a monté des opérations de partout, on peut tout faire avec ce qu’on a créé, il suffit d’avoir l’énergie et les équipes pour le faire.

Sans ces projets, vous tourneriez en rond…

C’est un peu les deux aspects qui se tiennent, c’est poussé par toute cette énergie, c’est notre vie, notre bébé, on le fait et on le fera grandir au mieux !

Infos pratiques

Marsatac, entre chiens et loups : 18e édition
Pour lire l’article complet, c’est par là 


C’ÉTAIT LE…
25 et 26 septembre
De 20h30 à 6h00
Pour télécharger l’affiche, cliquez ici


OÙ ?
Friche la Belle de Mai
41 rue Jobin – 13003 Marseille
04 95 04 95 95



Label Grraaaoouuu !

À l’année prochaine

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